05 septembre 2006

IIX No Way Back

Ce matin, nous essayons de nous lever assez tôt. La journée sera très courte pour les cocos.

C'est le jour du départ. Nous devons tout ranger. Ce n'est donc pas très intéressant. Bientôt, Olivier et Stéphanie quittent l'appartement et je me retrouve seul.

Je finis de faire la vaisselle, le ménage, pour que tout soit parfait. Je vais porter les draps au pressing comme on m'avait été demandé (au passage, les pressings sont hors de prix dans ce pays, sachez-le...)

Sur le chemin du retour, je reçois un coup de téléphone de mon ami Cédric. Il m'apprend une terrible nouvelle.
J'espère que personne ne trouvera déplacé le fait que j'en parle sur mon blog. Un drame est arrivé à Paris. Un de mes amis, Olivier Huchot, est mort.
Il était (employer le passé est si pénible) épileptique. A ce que j'ai compris, lors d'une crise, il s'est cogné la tête.

...

C'est la première fois que l'on m'annonce la mort d'un ami. Je ne pensais pas avoir à la rapporter ainsi de manière publique, mais ce blog est censé couvrir mon voyage en Angleterre du début jusqu'à la fin.


Olivier Huchot est mort. Je ne peux pas le croire. Je le sais pourtant, comme on sait qu'il n'y a pas de vie sur la lune, ou que certaines particules peuvent selon les lois de la physique quantique se trouver à deux endroits à la fois. Je ne peux pas le croire.

Je parviens à me connecter sur internet dans une cabine téléphonique, envois quelques mails, afin de diffuser la nouvelle, le moins maladroitement que je puis. On est toujours maladroit dans une telle situation.

Je suis triste, oh pas tellement pour moi, je n'ai pas à me plaindre, je ne réalise pas encore le trou qu'il laissera dans notre groupe d'amis. Je ne réalise pas. Mon esprit ne saisit pas ce qui s'est passé, ce qui a changé, et quelles en sont les implications. La mort ne fait pas partie du champ des possibles. Je suis triste pour ses proches, qui doivent être effondrés. Je suis triste de penser à tout ce qu'il aurait voulu faire. Je suis triste quand je pense qu'il était avec nous il y a une semaine, à une soirée, qu'il buvait et s'amusait, et que personne alors ne s'attendait à un tel drame. Je suis triste de penser qu'il voulait apprendre à danser le rock, et que je lui avais donné des conseils, et qu'Anne avait longtemps dansé avec lui pour lui montrer les pas. Je devais lui indiquer les soirées où il pourrait apprendre.

Je suis triste lorsque je pense au petit court métrage que nous avons fait il y a un an, dans lequel il jouait. Je n'en ai jamais terminé la musique. Nous aurions dû le voir tous ensemble, si j'avais fini mon travail à temps. Nous prévoyons une séance de projection festive. Aura-t-elle lieu un jour, cette projection, et dans quelles conditions ?

Pauvre Olivier. S'il avait su. Que faire. Que faire ?

Mon père, avant d'apprendre la nouvelle, me déconseillait de rendrer à Paris. Je n'ai plus le choix il me semble. Je n'ai pas très envie de rester seul ici, à tourner et retourner dans mon esprit cette impossible pensée. Je ne suis pas encore triste. Je le serai bien assez tôt.

Je finis de ranger l'appartement.

Mon oyster card n'a plus tout à fait assez de crédit pour me permettre de prendre les transports en commun. Je n'ai plus d'argent en poche, non plus. Je ne vais pas en retirer quelques heures avant le départ. J'irai à pieds, j'ai tout mon temps.

Le trajet est long, mes sacs un peu lourds. Je pense. Je pense. Je vis ces heures de marche et de recueillement comme une sorte de pélerinage. Je m'arrête à l'Apple store, où la connexion internet est gratuite, afin d'envoyer quelques nouveaux messages. J'ai déjà reçu une réponse, c'est gentil. J'ai été un de ses plus proches amis pendant deux ans, à la fin du lycée. J'ai un rôle à jouer. Que faire ?

Dois-je déjà effacer son numéro de téléphone de mon portable. Non c'est trop tôt. Oh ces pensées me semblent tellement déplacées. Et pourtant. Que faire ? Il faut bien faire quelque chose. Je verrai à Paris. En attendant, je pense. Je pense.
C'est peut-être une erreur, même une farce ! Non c'est impossible. Personne ne plaisante avec ça.

Je suis dans le train. Je ne réalise toujours pas. Qu'est-ce qui a changé ?
Pour moi, peu de choses. Matériellement, rien : je marchais à Londres de la même manière avant, seul mon état d'esprit a changé.
Pour lui, pour ses proches, le monde n'est plus le même. Pour moi, ce qui change se limite à l'ensemble des points de contact que j'avais avec lui. Ces points de contact sont surtout dans le passé. Je le voyais une fois par mois. Je sentirai un vide une fois pas mois.


Après avoir accompli les formalités d'usage, je monte dans le train et m'installe à ma place, non sans soulagement.

Les téléphones, dans les trains, sont une véritable plaie. Les gens font profiter tout le wagon de leurs conversations insipides et privées. Une fille, qui parle assez fort, en français, détaille différentes alternatives de plans de carrière. Elle mélange à son français de jeune femme d'affaires un ensemble d'anglicismes du plus mauvais effet. Son discours est dur et très laid, orgueilleux et puant. Elle déverse d'infectes banalités. Marketing people. Pouah. Oh tout le monde n'est pas comme ça, en entreprise, même dans le marketing. Seulement, certains cas sont vraiment graves.

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Je suis sous la manche, à nouveau. Non, le train vient d'en sortir.

Je suis en France, mon téléphone affiche 'SFR'. Les gens parlent français. Il fait nuit. Il me semble que le français est une langue inutile puisqu'à la parler, on n'apprend rien. Je n'ai encore quasiment rien dit en français. Je ne pense en français que pour écrire. Pour le mode de pensée opératoire, l'anglais domine toujours. Tant mieux. Lorque je me déplace dans les wagons, je parle anglais, par réflexe.

Je dois bientôt conclure ce blog, puisque mon voyage touche à sa fin.

Je ne sais pas si ça sert à quelque chose, si ça a un sens pour qui que ce soit : je dédie finalement ce blog à Olivier Huchot. Je ne sais pas même si cela a un sens pour moi.

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Je me regarde dans le miroir. Je vois un garçon avec une barbe, courte mais presque homogène, qui me scrute profondément. Il est parti seul à l'étranger, oh pas longtemps, juste le temps de perdre ses repères et de les retrouver. Il a l'air dense et plein, de fatigue. Il vient de perdre un ami proche. Celle à qui il tient tellement l'attend.

Je le reconnais à peine.

Il ressemble presque à un homme.

Ma mission.

6 commentaires:

Gregory a dit…

Salut Artus, tu as su exprimer tout ce que nous avons pu ressentir, chacun d'entre nous qui avons cotoyé Olivier, de manière juste et (je te rassure) non déplacée. C'est la première fois que je te lis et je dois dire qu'en ce moment ça fait du bien, de sentir qu'on peut le partager, chose que je n'ai pas réussi à faire jusqu'ici. A bientôt peut-être, en mémoire d'Olivier.

Flavien a dit…

Je suis loin de pouvoir imaginer ce que vous pouvez tous ressentir, je connaissais Olivier qu'en vous cotoyant à l'occasion, c'est tres boulversant. Sachez que vous avez tout mon soutient, meme si les mots en de telles circonstances sonnent tous un peu creux.

Matt a dit…

Merci Artus , tout simplement .

artus a dit…

Merci pour tous vos commentaires.
Comment conclure ? L'élégance n'a plus vraiment de sens dans de telles occasions.

Si ce blog a pu servir à qui que ce soit, à quoi que ce soit, je n'ai pas perdu mon temps.
Encore une fois, merci à tous. Je me sens plus que jamais proche de vous.

Damien a dit…

Salut Louis-Artus,

Je suis tombé sur ton blog un peu par hasard.

Merci d'avoir mis des mots sur nos pensées.

Je retourne sur Paris à partir de cet été pour finir mes études. j'espere qu'on pourra se revoir.

A bientot :)

Damien Jean

Anonyme a dit…

Gooey Ducks grow to about two pounds in four or five years.
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